Le viking

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Le vent de l’ouest souffle, emportant les drakkars vers les fiords enneigés de la Norvège. La mer verte s’agite, chacun s’affaire alors ramant comme un seul être pour maintenir à flot le large vaisseau scandinave. A l’avant, Ragnar Lothbrok, contemple l’horizon, il quitte vaincu le rivage des Francs, désormais trahi et défait.

Quel choix lui reste-il ? Affronter la colère des dieux ? Le regard inquisiteur des hommes du nord ? L’opprobre et la honte ?

L’exil, la fuite semble l’unique solution, quitter Kattegat pour se réfugier dans les montagnes hostiles du cercle polaire. Se retirer pour réfléchir, pour déconstruire ses fantasmes rêvés de conquêtes parisienne. Vivre un deuil, celui de l’abandon de son frère, en retraçant psychiquement sa propre histoire, finir par expérimenter peut-être la résilience fruit de cette introspection imposée.

Au-delà du côté spectaculaire – historiquement allégée – la série Viking offre un véritable intérêt par l’évolution psychique de ses personnages principaux.

Ainsi par une ellipse temporelle, la série élude cette errance. Le spectateur est alors en droit de se demander par quel processus psychique Ragnar est-il passé ?
Si le deuil est souvent associé à l’exil, celui-ci – selon Martine Luissier – pose deux questions principale : « celle de la Punition et celle de l’identité, qui peut aller jusqu’à la mort sociale ».

Deux éléments diffèrent donc du deuil normal : d’une part un sentiment de culpabilité ou de persécution qui se fonde sur une expérience réelle et d’autre part, il ne s’agit pas tant de faire le deuil de l’autre mais d’abord le deuil de soi entrainant un remaniement identitaire complet.

C’est donc chargé d’un lourd fardeau que le roi déchu revient à Kattegat, une profonde tristesse pesant sur ses épaules. Autour de lui tout semble avoir changé, tel Lazare revenu d’entre les morts, il ne reconnait pas ou peu ses proches. Son esprit et son jugement s’effondrent, l’énergie qui lui reste sera alors redirigée vers son funeste plan.

La mort est le propre de l’homme. Heidegger dans son livre Être et temps explique que seul, l’homme, « être pour la mort » meurt, parce qu’il a conscience de sa finitude. L’acte qui consiste à mettre fin volontairement à ses jours fascine et terrifie, car le suicide reste une tragédie. Dévalorisation, culpabilité, tristesse – autant de symptômes qui rongent l’homme du Nord et le poussent à penser qu’il est incapable du geste fatal.

Comment partir dignement ? La culture polythéiste scandinave refuse le « libre arbitre » et s’en remet à la volonté des dieux, au destin. La vie de chacun décidé par l’humeur d’Odin, Thor ou Loki. L’ordalie apparait donc être la meilleure des solutions à la douleur morale de Ragnar. Dürkheim a appelé suicide « tout cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte positif ou négatif, accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat ».

L’ordalie est-elle un équivalent suicidaire ?

L’ordalie, si ce mot désigne à l’origine le « jugement de Dieu », pratique médiévale consistant à mettre à l’épreuve l’innocence ou la culpabilité d’un sujet en fonction de sa survie ou non à divers supplices, ici il s’agit d’accepter le risque de mourir en s’en remettant à une entité ou à l’autre pour décider de son droit à la vie, c’est une démarche solitaire, hors des rites de passage et d’intégration admises par la société.

Traverser la mer avec un équipage composé de vieillard pour rejoindre les côtes anglaise, c’est traverser le Styx pour trouver le repos. Convaincre son homologue du Wessex, c’est forcer le destin, se livrer à Aele, c’est mourir. Et si le calme et la plénitude du Roi de Kattegat dans ses derniers instants peut surprendre le spectateur, c’est un état connu par les psychiatres appelé « Syndrome pré-suicidaire de Ringel » caractérisé par des idées de mort, une inhibition de l’agressivité et constriction psychique avec restriction du champ de la pensée et isolationnisme.

Diagnostic– Épisode dépressif caractérisé compliqué d’une crise suicidaire
Traitement– Antidépresseur ISRS au long cours
– Benzodiazépine ou neuroleptique pour baisser l’angoisse les premiers jours
Prise en charge– Psychothérapie
– Mise à l’abris dans un premier temps

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