L’échiquier

Alors que votre neveu déballe son cadeau, au pied du sapin familial, et découvre les 64 cases blanches et noires composant le plateau que vous lui avez offert, vous songez encore à la nouvelle série Netflix « le jeu de la dame ». Rendre vivant des pièces immobiles est un pari risqué qu’ont gagné Scott Frank et Allan Scott, remettant par la même occasion au gout du jour l’échiquier millénaire. Les sept épisodes que composent cette mini-série posent ainsi de nombreuses questions : qu’est-ce que le génie ? Celui-ci s’accompagne-t-il forcement de la folie ? Par un personnage nuancé, coloré, humain, les réalisateurs semblent également s’interroger sur la place des substances psychoactive dans la genèse de l’inspiration. Pour la première fois sur petit écran le spectateur découvre l’alcoolisme et l’addiction au féminin.

Le Librium, la benzodiazépine de l’orphelinat

Le chlordiazépoxide, molécule découverte en 1957 de la famille des benzodiazépines est la première substance psychoactive que découvre la jeune Elizabeth, si initialement celle-ci semble la plonger dans un état cotonneux proche de la sédation, rapidement elle s’en sert le soir pour « améliorer » son jeu d’échec. Si, les hallucinations aux benzodiazépines sont principalement décrites lors des sevrages brutaux, spontanées elles restent particulièrement rare et sont rapportés sous formes de cases-reports [1,2]. En agissant sur les récepteurs GABA, a posologie « normale » l’effet est principalement sédatif, en augmentant les doses, par action paradoxale rebond on obtient parfois un effet « boost »[3], serait ce qu’elle recherche avant ses parties ?

L’alcoolisme mondain

Hommes et femmes n’abordent pas l’alcool de manière identique [4], cette substance, objet culturel dont l’histoire est intimement lié à la notre est l’une des principale cause de mortalité précoce dans le monde. Les stéréotypes rendent l’alcool masculin viril et victorieux, là où la femme ivre sera couverte de honte et de culpabilité, comme s’il existait un « bien boire » et un « mal boire »[5].  L’image de l’ivrogne qui apparait au début du XIXe siècle semble épargner la consommatrice féminine, la femme continue à cacher ses consommations, l’homme lui titube en sortant du bar.

Introduit par sa mère adoptive, les spiritueux calment et apaisent l’esprit de Harmon, elle retrouve les mêmes effets que ceux des pilules vertes de son enfances : un léger engourdissement. Commencer l’entraine dans les tréfonds de la boisson, là où l’effet dépressogène de l’alcool se fait ressentir.

Et les échecs dans tout ça ?

Par leurs complexités les échecs entrainent mémoire et concentration, construire une stratégie, lire dans le jeu de l’adversaire nécessite empathie et réflexion, ainsi il semble apparaitre d’après une récente revue de la littérature que jouer régulièrement protéger de la démence en travaillant la mémoire [6]. Prendre le temps de s’assoir, découvrir le plaisir de partager une expérience celle du jeu, de l’apprentissage, stimulant quasi tous nos sens est un moment de contrôle qui peut à l’extrême apaiser nos angoisses comme le souligne l’héroïne : «I feel safe in it. I can control it. I can dominate it. It’s an entire world of just 64 squares » et avoir une véritable application en psychiatrie en diminuant les attaques de paniques [7].

Il ne vous reste plus qu’à apprendre vos meilleurs ouvertures : « Pion E4 » !

Bibliographie 

  • [1]  Curtin F, Remund C. Musical Hallucinations during a Treatment with Benzodiazepine. Can J Psychiatry 2002;47:789–90. https://doi.org/10.1177/070674370204700823.
  • [2]  Manfredi G, Kotzalidis GD, Lazanio S, Savoja V, Talamo A, Koukopoulos AE, et al. Command Hallucinations With Self-Stabbing Associated With Zolpidem Overdose. J Clin Psychiatry 2010;71:92–3. https://doi.org/10.4088/JCP.09l05240gry.
  • [3]  O’Brien CP. Benzodiazepine Use, Abuse, and Dependence. J Clin Psychiatry 2005;66:28–33.
  • [4]  Erol A, Karpyak VM. Sex and gender-related differences in alcohol use and its consequences: Contemporary knowledge and future research considerations. Drug Alcohol Depend 2015;156:1–13. https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2015.08.023.
  • [5]  Taschini E, Urdapilleta I, Verlhiac J-F, Tavani JL. Représentations sociales de l’alcoolisme féminin et masculin en fonction des pratiques de consommation d’alcool. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale 2015;Numéro 107:435–61.
  • [6]  Lillo-Crespo M, Forner-Ruiz M, Riquelme-Galindo J, Ruiz-Fernández D, García-Sanjuan S. Chess Practice as a Protective Factor in Dementia. Int J Environ Res Public Health 2019;16. https://doi.org/10.3390/ijerph16122116.
  • [7]  Barzegar K, Barzegar S. Chess therapy: A new approach to curing panic attack. Asian J Psychiatr 2017;30:118–9. https://doi.org/10.1016/j.ajp.2017.08.019.

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