Le litige

Début octobre, l’humoriste et interne en médecine Aviscène twittait « La psychanalyse c’est un peu l’homéopathie de la psychiatrie. En cours j’ai vu un courrier d’un psychanalyste qui avait vu un enfant et qui parlait de complexe œdipien, de recrudescence de stade anal. Alors que c’était juste un enfant avec un TDAH qui avait besoin de ritaline. » Suite à cette intervention, la twittosphère s’est, comme à son habitude, enflammée: Levée de boucliers des psychanalystes, intervention des anti « fakemeds », relativisme des pédopsychiatres. Difficile de faire le point dans cet entremêla d’argumentaires, chacun défendant sa chapelle.

Ayant passé les six derniers mois dans un stage d’orientation analytique, je vais essayer, dans cet article de démêler le vrai du faux avec le regard « neuf » d’un jeune interne.

Dans un premier temps, il est important de distinguer psychanalyse et thérapie d’orientation analytique.

Si la psychanalyse, inventée par le neurologue viennois Freud s’applique à décrire et comprendre le psychisme humain en utilisant la cure analytique, la thérapie d’orientation analytique s’inspire de la psychanalyse mais utilise les leviers thérapeutiques connus des psychothérapies.

Freud s’est toujours appuyé sur des descriptions cliniques riches, et si, nombre de ses interprétations et théories sont aujourd’hui largement critiquables à la vue des avancées de la science, il n’en reste pas moins que le courant psychodynamique reste centré sur la clinique. Loin des questions fermées, les psychiatres et psychologues d’orientation analytique laissent le patient s’exprimer, essaient de comprendre sa demande, son parcours de vie, ses symptômes. Leur sémiologie est fine, leurs entretiens sont un lieu propice à la parole où le silence prend également sens.

Un des arguments fréquemment utilisé par les détracteurs de la psychanalyse est : « il n’y a pas d’études qui prouve son efficacité ».
Il est cependant important de comprendre que la cure psychanalytique est une méthode d’exploration de l’inconscient se basant sur « l’association libre », c’est-à-dire, la récupération de souvenirs épisodiques via la conscience autonoétique qui permet la reviviscence consciente d’événements passés.
C’est une discipline qui sonde la mémoire de l’oubli, et donc pas une psychothérapie au sens propre du terme. Cette technique est donc difficilement évaluable en pratique.

Au contraire, les psychothérapies d’orientation analytiques ont déjà été évaluées et plusieurs études montrent leur efficacité.
Déjà en 2008, une méta-analyse du JAMA : Effectiveness of long-term psychodynamic psychotherapy: a meta-analysis, montrait une efficacité des thérapies psychodynamiques chez les personnes souffrant de troubles mentaux.
Plus récemment, en 2019, une nouvelle méta-analyse du JAMA : Effectiveness and Acceptability of Cognitive Behavior Therapy Delivery Formats in Adults With Depression, avançait quant à elle, que le véritable facteur de « guérison » d’une psychothérapie était la formation d’une bonne alliance thérapeutique, ce qui interroge sur la question du transfert, si cher à nos amis les psychanalystes.

Avec l’apparition des neurosciences et le progrès qu’elles apportent, le conscient et l’inconscient sont revenus au-devant de la scène scientifique, dans son livre « le nouvel inconscient » le neurologue Lionel Naccache y présente Sigmund Freud comme le « Christophe Colomb des neurosciences ». L’imagerie fonctionnelle a révolutionné l’étude du cerveau humain, et peut-être permettra-t-elle une réconciliation entre analyste et neurosciences cognitives ?

L’intérêt des patients doit primer, leur prise en charge, leur rétablissement, leur guérison doit d’avantage nous préoccuper. Tous les courants se basent sur la même clinique, sur une sémiologie fine, celle de l’esprit. Le malade doit être replacé au centre des soins, son histoire de vie comprise et sa participation prise en compte.

Ainsi, notre démarche devrait s’orienter vers une approche « intégrative », à chaque patient sa thérapie, un parcours de soins plus personnalisé permettant la meilleure des alliances thérapeutiques possible. L’avenir sera à ceux qui réussiront à se saisir des outils à leur disposition pour accompagner au mieux leurs malades.

« Coming together is the beginning. Keeping together is progress. Working together is success. »

H. Ford

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